- Neuf-Brisach - 1870 - Souvenirs de captivité. - 2 - Extraits décrivant la captivité des prisonniers de la défaite de Neuf-Brisach

Publié le par bauds

(voir l'article - Témoignage d'un prisonnier de guerre en 1870 (suite 8)- Témoignage d'un prisonnier de guerre en 1870 (suite 8)

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Chapitre sixième: reddition de la place - captivité - extrait n° 4/
11 novembre 1870


A neuf heures du matin, nous défilâmes la rage dans le coeur. - La population de Neuf-Brisach nous faisait ses adieux aux cris de: "Vive la France! Vive la République!"
Nous sommes en bataille sur les glacis; les troupes allemandes nous font face; - sur leurs rangs serrés et sombres flotte le drapeau noir et blanc. - L'ennemi nous rend les honneurs militaires; puis, à un commandement, les hommes jettent leurs armes avec tant de violence et de colère, que peu d'entre elles restent intactes.
La garnison est formée en deux colonnes.
L'une de ces colonnes, contournant les ruines du fort Mortier, arriva au bord du Rhin vers onze heures. Les parents des gardes mobiles d'Alsace étaient échelonnés sur le trajet, demandant avec angoisse des nouvelles de leurs enfants; ils cherchaient à les apercevoir, espérant les serrer encore dans leurs bras; mais les uhlans les repoussaient à coups de lance et de plat de sabre. On traversa le fleuve sur des barques; à mesure que les escouades débarquaient, elles étaient dirigées et parquées sur la place de Vieux-Brisach. Les dernières barques passèrent le Rhin vers quatre heures; à cinq heures, la colonne fut mise en marche, pour ne s'arrêter qu'à une heure du matin, à Kenzingen, station du chemin de fer badois.


Vue d'ensemble de Kenzingen et de la gare.




Chapitre sixième: reddition de la place - captivité - extrait n° 5/
11 - 12 novembre 1870

La seconde colonne passa le Rhin en face de Sponeck; de là elle gagna la station d'Emmendingen où elle arriva vers une heure du matin.
Pendant cette marche, nous eûmes à traverser plusieurs villages allemands. La population ne se tenait plus de joie; les pompiers étaient sous les armes, les maisons étaient illuminées; de grands feux flambaient à l'entrée et à la sortie des villages.
Après une marche forcée de seize heures, épuisés par cinq semaines de siège, fatigués des huées de la population badoise, transis par le froid et la neige, nous arrivâmes aux stations où nous attendaient les trains qui devaient nous transporter.
Le samedi 12 novembre, à deux heures du matin, nous fûmes entassés dans des trains immenses, mais presqu'entièrement composés de wagons à charbon découverts. Il était impossible aux prisonniers de s'asseoir ou de se coucher tant ils étaient serrés. La neige continuait à tomber, un vent glacial soufflait; et notre trajet devait durer trois nuits et trois jours consécutifs.
Durant ce long voyage, dont on nous taisait la destination, on ne nous donna que deux fois une mauvaise pâtée. Souvent pour laisser passer d'autres trains, nous stationnions sur des voies de garage.


Emmendingen vers 1910





Chapitre sixième: reddition de la place - captivité - extrait n° 6/
du 11 au 15 novembre 1870

Les habitants des villages voisins accouraient, curieux et âpres au gain. Nos malheureux soldats, manquant d'argent et mourant de faim, donnaient leur couverture en échange de quelques mauvais morceaux et grelottaient ensuite sous leurs légers vêtements.
Après avoir passé à Rastatt, Carlsruhe, Heidelberg, Darmstadt, Francfort-sur-le-Mein, Fulda, Erfurt, nous arrivâmes enfin à Leipzig. Sur ce parcours souvent des voitures avaient été détachées du train; une partie des hommes restèrent à Rastatt; d'autres furent dirigés vers le nord, sur Rensbourg dans le Schleswig et sur Koenigsberg près des frontières de Russie. Les officiers et leurs ordonnances furent furent débarqués à Leipzig. Le commandant de place, parti après nous, alla jusqu'à Dresde.
La plus grande partie de la garnison de Neuf-Brisach fut internée au camp d'Ubigau, au bord de l'Elbe, ou logée à la caserne d'infanterie de Dresde et dans de grands hangars à pontons.
A la gare de Leipzig, nous trouvâmes le commandant militaire de cette ville, qui nous fit signer l'engagement sur parole de ne pas quitter la place. Nous avons conservé le texte authentique de l'ordre qui nous fut communiqué ensuite au château de Pleissembourg; nous le donnons sans aucune retouche:



- Leipzig -Neuf-Brisach-Leipzig (670 km)

 



A suivre.... http://bauds.over-blog.com/article-33198832.html

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jacquesjer 28/06/2009 16:22

invitation par DGigi à une ballade culturel dans Paris le 4 juillet (cf mon article)a +